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Sport et société

11/05/2005

FORUM-DEBAT SUR LE SPORT DANS NOTRE SOCIETE

le 11 mai 2005 la CGT organisait une journée articulée autour de deux thèmes:
- quel avenir pour le sport en entreprise, et celui des comités d'entreprise?

- les Jeux Olympiques et la candidature de Paris pour les jeux de 2012.

ont participé à cette journée
madame Edwige Avice ancienne ministre de la jeunesse et des sports, présidente du Conseil National des Activités Physiques et Sportives
monsieur Bertrand Delanoë, maire de Paris,
monsieur Stéphane Diagana, sportif de haut niveau, médaille d'or du relais 4x400m aux championnats 2003 d'athlétisme,
monsieur Jean-paul Callède, sociologue à la maison des scieces de l'homme d'aquitaine
monsieur Patrick Bayeux, maître de conférence à l'UFR STAPS de Toulouse
et Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT

INTERVENTION DE BERNARD THIBAULT
SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
chers camarades,
Je commencerai par féliciter les organisateurs de cette manifestation et par remercier celles et ceux qui ont tenu à y apporter leur concours. Elle s’inscrit dans le cadre de la célébration des soixante ans d’existence du Comité d’entreprise, témoignant de la vitalité de cette institution comme de l’actualité de ses responsabilités. J’en profiterai pour rappeler que seule une minorité de salariés bénéficient de cette institution et qu’il s’agit d’une injustice sociale grave comme d’un manquement préjudiciable à l’instauration d’une conception efficace et moderne de la gouvernance des entreprises.
Le thème retenu pour ce forum débat est celui du sport dans notre société, des liens divers qu’il entretient avec le monde de l’entreprise et les responsabilités que cela implique pour notre activité syndicale. Je souscris volontiers à l’opinion exprimée par le sociologue Jean Marie Brohm : « On voit bien que toute conception du sport se doit de préciser sa vision de l'Homme et (…) qu’il n'existe au fond que deux conceptions possibles : la première est celle qui consiste à faire de l'homme une finalité autonome et du sport un moyen de cette finalité. C'est une conception humaniste qui reste encore à promouvoir.
La deuxième est celle qui consiste à considérer le sport comme une fin en soi, avec sa course aux records et aux performances, et à faire de l'homme un moyen, voire une machine au service de cette « fin » sans fin ni finalité humaine. » Comme on le voit le parallèle est saisissant avec l’activité économique générale, laquelle s’est d’ailleurs emparée du sport en tant que forme « juteuse » de l’industrie du spectacle destinée à une consommation de masse, ou comme un élément valorisant intégré dans les politiques d’image des plus grandes entreprises.
La course aux records, la recherche de la performance pour la performance, la chasse à la compétitivité et à l’efficacité à tout prix conduisent trop souvent la pratique du sport à des extrémités inquiétantes. Ce processus n’est pas tellement différent des autres effets pervers de la course à la productivité, au rendement et à l’efficience que l’on retrouve dans la surexploitation du travail manuel et intellectuel et la destruction massive de l’environnement. Alors faudrait il une fois de plus s’avouer battu devant l’emprise de l’argent, la corruption violente ou rampante qu’il alimente en parasitant, dénaturant ou gangrenant la plupart des valeurs humaines ? Non parce que l’idéal sportif n’est pas une chimère, mais comme tous les idéaux il doit être valorisé, protégé, développé par une pratique éducative exercée tout au long de la vie.
C’est Stéphane Diagana, ici présent, qui déclarait récemment : « en disant que le sport est un miroir grossissant de notre société, je tiens à souligner qu’il est lui aussi tiraillé dans sa réalité par les forces opposées qui agitent notre société dans tous les autres domaines, libéralisme et utilitarisme (à l’instar des partisans du laisser faire en matière de dopage) contre interventionnisme et éthique humaniste. Personne par contre n’ose ouvertement remettre en cause l’idéal en lui-même et les valeurs conjointes de dépassement et de respect qu’il incarne. Ces valeurs sont-elles pour autant partagées par tous ? » s’interrogeait-il enfin. Le sport a potentiellement une fonction de cohésion et d'intégration sociale très forte, quel que soit le niveau ou quelle que soit la discipline. Il favorise l'épanouissement individuel, mais aussi les échanges et la convivialité. Le sport, c'est aussi la compétition et, en cela, il encourage l'engagement, l'effort, la persévérance, le dépassement de soi et le respect d'autrui.
L'avenir du sport n'est pas marchand ; son évolution récente vers une activité plus économique risque de rompre le lien entre les mondes sportifs amateur et professionnel. Le sport scolaire reste encore porteur des valeurs du sport, au sens même de l'éthique ; les structures locales favorisent l'éclosion des talents sportifs et le plaisir de faire du sport.
Mais malheureusement, le sport scolaire est, et demeure le parent pauvre de l’éducation et c’est avec inquiétude que nous constatons, sur décision du Ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative, la fermeture des directions départementales et de certains CREPS, socles de l’éducation et de la formation en matière sportive. Parallèlement, depuis une vingtaine d'années, nous assistons au développement du sport de détente et de loisirs, preuve qu'un plus grand nombre de personnes accède à ces activités et que le sport s'est démocratisé. C'est aussi un secteur qui représente des enjeux économiques liés à des évolutions démographiques et culturelles pérennes. Il ne s’agit pas en effet pour nous de proscrire le développement de marchés de biens et de services liés à la pratique sportive quel qu’en soit le niveau. Il ne s’agit pas non plus de bannir la dimension spectaculaire du sport. Il s’agit, dans ce domaine comme dans tous les autres, de promouvoir une vision responsable de l’activité et du comportement des entreprises, de faire prévaloir des principes éthiques supportés par des droits, des institutions et des pratiques démocratiques. Il y a donc des voies pour « renverser la vapeur », pour éviter les écueils et prévenir les effets pervers de la marchandisation des activités humaines tout en favorisant le développement économique et le progrès social : nous devons contribuer à les ouvrir.
Quand je dis nous je pense à la CGT, au mouvement syndical dans son ensemble et aussi aux Comités d’entreprise qui ont dans leurs prérogatives et dans leur culture le privilège ou plutôt le droit d’intervenir tant sur la dimension économique que la dimension culturelle de la vie dans l’entreprise. C’est la loi du 13 juillet 1992 qui prescrit dans son article 20 que « l'organisation des activités physiques et sportives sur le lieu de travail est une condition essentielle du développement du sport pour tous ». Plus loin elle précise que « le comité d'entreprise favorise la promotion des activités physiques et sportives de l'entreprise et participe à leur financement ». Or que constatons nous ? Le mouvement associatif dans son ensemble, et plus encore le sport à l’entreprise souffrent de la compression des moyens.
Dans ce domaine particulier, la suppression du Conseil Permanent du Sport en Entreprise mis en place par le précédent gouvernement est emblématique d’une régression contraire tant à l’esprit de la loi qu’à l’intérêt des salariés, prenant, qui plus est, le contre-pied d’une vision bien comprise de l’amélioration de la santé publique.
Il y a également un grand besoin d’élargir la reconnaissance de la fonction bénévole dans l’entreprise, facteur de solidarité et de lien social. Cette pleine reconnaissance implique qu’elle donne notamment droit au bénéfice du congé individuel de formation afin de « s’ouvrir plus largement à la culture, à la vie sociale et à l’exercice de responsabilités associatives bénévoles » selon les termes mêmes du Code du travail. Enfin, l’opportunité de la tenue des jeux olympiques à Paris en 2012, si elle se réalise, ce que nous appelons de nos vœux, pourrait nous fournir un vaste terrain d’expérimentation et d’action pour faire prévaloir une conception saine, éthiquement maîtrisée, s’inscrivant dans le long terme, tant de l’économie du sport que du développement de la pratique sportive à tous les niveaux et pour tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, une pratique adaptée selon les capacités ou éventuellement les handicaps de chacun.
La CGT sera bien évidemment vigilante sur tout se qui touchera au salariat et au développement de l’emploi dans la préparation des JO, mais aussi concernant la pérennisation de ces emplois. Elle le sera tout autant sur la qualité et la durabilité des retombées dans le domaine de la pratique sportive, d’autant que les 4 millions de licenciés supplémentaires annoncés ne deviendront une réalité qu’avec un accompagnement à la hauteur des enjeux, c’est à dire en créant des emplois dans le domaine du sport et en soutenant le mouvement associatif, tant au niveau des bénévoles que des infrastructures.

Voilà pourquoi, Monsieur le Maire, Nous nous félicitons que, dès la présentation de la candidature de la Ville de Paris, vous ayez affiché la volonté politique de concevoir l’organisation des Jeux en dialoguant avec le mouvement syndical, avec le double objectif de garantir :
• que la réalisation de l’ensemble des travaux et l’établissement des normes de fonctionnement de cet événement respectent une éthique sociale précise et exigeante,
• que, les jeux eux-mêmes soient largement ouverts à un public populaire, tournant ainsi le dos à une attitude élitiste. Plusieurs groupes de travail dans lesquels la CGT s’est engagée sont en place pour travailler à concrétiser ce parti-pris.
Nous sommes fortement impliqués par cette démarche, nous souhaitons qu’elle réussisse et, au-delà, qu’elle fasse référence.
Montreuil, 11 mai 2005

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Dernière modification le 27/06/10