Fric et Football19/08/2009 la bourse aux valeurs dans le football
D’aucun n’y voit
rien d’anormal, pourtant la nouvelle saison de football qui vient de
débuter a vu exploser tous les excès en terme de coût de transfert des
joueurs les mieux cotés, à tel point que frédéric Thiriez, président de la
ligue de football estime que l’on a franchi la ligne jaune du raisonnable
: "je pense comme Michel Platini que ces sommes sont injustifiables. Ce
type d’excès finira par conduire le football européen dans le mur".
extrait
article publié le 10/08/2009 par Guillaume Thibault Depuis
le début de la crise économique, médias, politiques et observateurs
critiquent ouvertement les salaires des grands patrons. En revanche,
personne ne trouve rien à redire ou presque aux gains des footballeurs et
de leurs clubs. Petite comparaison : en 2007, les PDG des vingt
plus grosses entreprises du CAC 40 ont touché en moyenne 6 millions
d’euros, les vingt footballeurs les mieux rémunérés font mieux avec 6,3
millions de salaire annuel. En tête de liste, Thierry Henry qui
encaisse plus de 17 millions d'euros chaque année, c’est mieux que Gérard
Mestrallet, le PDG de GDF-SUEZ qui touche 15 millions par an.
C’est
aussi le sujet de l’article qui suit et qui incite à la réflexion.
Le
fric malsain du foot européen Par NOËL PONS, ALAIN LORET
directeur de la Faculté des Sciences du sport de l’université de Rouen
(article paru sur le site du journal Libération 10/08/2009)
Prévert
l’affirmait, «Quand la morale fout le camp, le fric cavale derrière.» Cette
maxime s’appliquerait-elle au foot-business ? A y regarder de près et
considérant les 300 millions d’euros que le Real Madrid aura consacrés
cette année à son recrutement, la question se pose. La morale, d’abord.
Acheter ou vendre un homme heurterait les consciences dans n’importe quel
autre milieu que le sport professionnel. Imagine-t-on une entreprise
vendre ses meilleurs cadres ? L’histoire est là pour nous rappeler que
la valeur humaine ne doit pas être une valeur marchande. Le fric, ensuite.
En ces temps de crise, acheter Ronaldo 94 millions est déjà choquant. Mais
si cette transaction est réalisée par un club déjà fortement endetté, on
peut conclure à une opération basée sur de la monnaie de singe. La
référence au modèle économique qui a engendré la crise des subprimes vient
donc à l’esprit.
Deux vues antagonistes s’opposent en
Europe sur l’endettement des clubs. En France, la Direction
nationale du contrôle de gestion (DNCG) impose un équilibre budgétaire
indépassable. Résultat : les clubs français de Ligue 1 ont dégagé un
bénéfice en 2008. En Angleterre, en Italie et en Espagne, à
l’inverse, il n’existe pas d’instance de régulation. L’endettement est
alors abyssal. Soyons clairs, nous ne cherchons pas ici à jouer les
pourfendeurs du foot. Par contre, nous ne souhaitons pas qu’il se
transforme en une économie de casino. Acheter à prix d’or les meilleurs
joueurs crée une bulle spéculative totalement artificielle. Contrairement
à ce qu’affirment certains, les montants annoncés pour les achats de
Ronaldo, Kaká (67 millions), voire Benzema (35 millions) sont totalement
hors marché. Les sommes engagées sont disproportionnées au regard des
moyens dont disposent la majorité des acteurs du foot : les médias et les
autres clubs, notamment. Un phénoménal déséquilibre est donc introduit
(volontairement ?) dans le système. D’un côté, une poignée de
clubs artificiellement très riches car capables d’accéder à certains
financements, de l’autre, les acteurs sportifs secondaires ne survivant
que parce leur présence est indispensable au développement des premiers.
Véritables porteurs d’eau, exclusivement destinés à occuper le ventre mou
des classements, ils n’existent que pour les mettre sportivement en
valeur. Quant aux médias du deuxième rideau, ne jouant pas dans la cour
des grands networks télévisuels mondiaux, ils assistent effarés à
l’envolée des coûts. Songeons que le seul transfert de Benzema, au Real
équivaut… à tous les droits sportifs achetés en un an par la chaîne Sport
+. Dans une économie mondiale en crise, personne ne pose la question de
savoir qui dispose des fonds nécessaires pour de tels achats. Le
système bancaire est-il vraiment en mesure de financer ces sommes
colossales ? On nous affirme que les financements devraient théoriquement
être amortis par l’envolée des ventes de produits dérivés supposées
accompagner ces joueurs emblématiques. Ce n’est pourtant pas gagné, cela
exigera que les supporters décuplent leur consommation actuelle. Déjà
frileuses et arguant de leur volonté de se recentrer sur leur cœur de
métier, les banques ne manqueront pas de souligner ce point. Des fonds
souverains et des fonds spéculatifs pourraient alors relayer le système
bancaire défaillant. Mais, là encore, le doute surgit car leurs pratiques
habituelles les conduiront à mettre la dette à la charge des clubs.
Difficile, vu leur endettement. Reste donc une hypothèse qui dérange. Des
fonds douteux seraient, par contre, disponibles. On sait que l’économie
criminelle organisée a correctement protégé ses avoirs en échappant,
notamment, aux escroqueries «madoffiennes». Personne, sans
doute, ne voudra croire que le foot pourrait intéresser l’argent sale.
C’est oublier qu’après la guerre des Balkans, des fonds issus du trafic
d’armes, de la drogue et de la prostitution ont alimenté un réseau de
financement de certains clubs professionnels locaux. Le Groupe d’action
financière (Gafi), organisme intergouvernemental de lutte contre le
blanchiment, vient d’ailleurs de rendre publique une étonnante étude
montrant le côté attrayant du foot pour l’économie criminelle. Reste une
certitude, les sommes annoncées sont trop énormes pour ne pas être
dangereuses pour l’économie du football européen. Si, d’où qu’ils
viennent, les financements existent réellement, alors c’est une véritable
«course à l’armement» qui est engagée. Elle laissera de nombreux clubs et
de nombreux joueurs sur le bord de la route. En générant une bulle
économique totalement artificielle, la folie des plus grands crée une
spirale inflationniste. La pression financière générera une autre
pression, sportive celle-là, qui pourrait bien tétaniser les meilleurs
joueurs sur le terrain. La qualité du jeu s’en ressentira immanquablement
puisqu’ils chercheront alors moins à gagner qu’à ne pas perdre puisque la
défaite sera mortelle financièrement. Il faut donc injecter de la vertu
dans l’économie du foot en bannissant l’endettement inconsidéré. Seul un
mécanisme vertueux permettra de sauver les clubs qui, parce qu’ils sont
bien gérés, ne sont pas les plus riches, c’est-à-dire les plus endettés.
Ceux-là ne doivent pas être sanctionnés par le pseudo-marché qui est en
train de naître sous la férule aventureuse des grands clubs qui jouent
perso. On sait depuis Adam Smith que «l’aléa moral», qui s’accroît lorsque
certaines entreprises favorisent leur développement au détriment des
autres acteurs économiques, finit toujours par être contre-productif. Les
clubs qui sont restés dans les clous de la bonne gestion (allemands et
français, essentiellement) ne doivent pas disparaître parce que la fausse
monnaie aura mangé la bonne. Derniers ouvrages parus : Noël
Pons, Arnaques, le manuel anti-fraude (Ed. CNRS 2009) et Alain Loret, le
Sport de la République, la France face au défi olympique (Ed. Du Temps,
2008).
L’avis de la CGT
Depuis de
nombreuse années nous essayons d’attirer l’attention sur ce que nous
considérons comme un détournement d’argent qui prive la grande masse des
pratiquants, y compris les compétiteurs, de ressources financières
indispensable à l’organisation des pratiques, sans oublier l'aspect
mafieux de lacirculation des masses financières en jeu. Nous
regrettons, qu’au nom du sport-spectacle, c'est-à-dire les nouveaux jeux
du cirque, la majorité de citoyens y puise un dérivatif à leurs conditions
précaires encourageant ainsi ces dérives. C’est aussi à ce
prétexte, masquant une réalité de sport " buisiness", qu’ont été réclamés
de nouveaux stades pompant une grande partie des subventions publiques
destinées à la mise en œuvre des pratiques. La CGT
réitère sa demande d’une moralisation du sport professionnel et un
véritable contrôle public allié à une régulation du secteur.
autre
position notable sur le sujet
Déclaration de MG BUFFET,
secrétaire nationale du PCF, ancienne Ministre de la Jeunesse et des
Sports Et de Nicolas BONNET, responsable de la commission sport du PCF. Vendredi
7 Aout 2009
Le championnat de France de football de ligue 1
reprend ce week-end et jamais autant d’argent n’avait été dépensé pour les
recrutements des joueurs. Les clubs de football européens semblent être
dans une bulle qui ne connaitrait pas la crise. Cette situation suscite
beaucoup de questions sur l’avenir du football professionnel : Comment
est-ce possible et jusqu’à quand la « bulle foot » va-t-elle tenir ?
Dans
tous les pays européens, en Italie, en Espagne, en Angleterre ou en
Allemagne, les sommes engagées par les principaux clubs sont exorbitantes,
à l’instar du Réal de Madrid qui a recruté coup sur coup le joueur
brésilien Kaka pour 65 millions d'euros, et le portugais Cristiano Ronaldo
pour plus de 93 millions d'euros. Même si les sommes sont moins
importantes, le championnat Français de ligue 1 n’est pas épargné par
cette spirale infernale de la surenchère au nom de la sacro-sainte
compétitivité. Selon la presse, l’Olympique Lyonnais aurait dépensé
environ 72 millions d’euros, l’Olympique de Marseille 40,5 millions
d’euros et les Girondins de Bordeaux 28,6 millions d’euros.
Les
montants engagés pour les transferts de joueurs de football sont
choquants, parfois indécents, alors que nous sommes en pleine période de
crise économique avec beaucoup de souffrance sociale. Nous ne
pouvons pas accepter que le football professionnel soit abandonné à la loi
du marché européen des transferts, une bulle spéculative en dehors du
monde, une spirale enclenchée par des hommes d’affaire mégalomanes,
traitant le sportif comme une marchandise qui répond aux lois de l’offre
et de la demande. Les principaux bénéficiaires de ces transferts, ne sont
pas forcément les sportifs, ni les instances sportives ni le développement
du sport lui-même, mais des hommes d’affaire peu scrupuleux se moquant des
déficits créés dans les clubs.
D’autre part, nous
restons très interrogatifs sur l’origine de ces sommes mirobolantes alors
que tous les économistes du sport prévoient une baisse des revenus de
publicité, du sponsoring direct et de la billetterie. Certains clubs
européens ont déjà annoncé qu’ils n’étaient pas en si bonne santé
financière et qu'il a fallu à plusieurs reprises effacer les dettes. Selon
une étude d’Ernest et Young publié cette semaine, 56% des présidents des
clubs Allemands de première et deuxième division s’attendent à une
dégradation financière et des pertes conséquentes en 2009. Des doutes
d’autant plus importants au moment où le Groupe d’Action Financière (GAFI)
de l’OCDE publie début juillet un rapport sur le blanchiment d’argent dans
le football. Les auteurs du rapport révèlent plus de 20 affaires de
blanchiment d’argent liées au football. Ils dénoncent « le mercato » comme
un des instruments privilégiés par les malfaiteurs, ainsi qu’une bonne
partie des transferts qui transitent par des paradis fiscaux où le secret
bancaire et l’absence de taxe permettent les maquillages financiers. Nous
pensons qu’il est urgent de remettre les clubs de football dans la réalité
économique. Nous demandons qu'il y ait une décision prise pour la mise en
place d'une direction de contrôle financier des clubs européens. Plutôt
que de suivre cette course folle et débridée du « Mercato », les clubs
français, les instances fédérales et le gouvernement devraient se battre
ensemble pour la création d’une DNCG européenne qui assurerait une
transparence des financements et garantirait une réelle compétitivité des
clubs français en Europe. Nous attendons beaucoup des propositions de
l’UEFA pour mettre en place cette instance qui définirait des règles
fiscales permettant un contrôle financier homogène sur la gestion des
clubs. Une instance qui doit inciter les fédérations à mettre en place des
limites aux montants des salaires, des transferts, et des droits TV. |