Foot et fric24/06/2010 Le Football Professionnel Une crise annoncée.
Un
problème lié à la financiarisation du sport
Que
dire aujourd’hui du psychodrame qui vient de se jouer en Afrique du Sud
lors du premier round de la Coupe du Monde de Football ? Nous avions
écrit il y a peu, que le sport professionnel était utilisé par les
politiques, comme au temps de la Rome Antique, pour détourner le peuple
des problèmes du moment. Du pain et des jeux pour faire oublier les
mauvais coups passés ou en préparation. D’où l’omniprésence
de certains ministres sur le terrain de la polémique. N’a t-on pas
vu le président Sarkozy lui-même intervenir, puis se réjouir de
l’attribution de l’Euro 2016. c’était bon pour une remontée dans les
sondages. Le football est l’illustration de ce que l’argent et le sport
professionnel font de plus mauvais. Le sport est devenu un prétexte, les
joueurs des instruments au service du profit. Le modèle est devenu
celui de l’argent facile, même s’il provient de l’exercice d’un talent
inné, perfectionné par un système élitiste.
Un
modèle qui se délite
C’est ainsi que, loin du sport
pour tous, loin des règles de respect de l’autre et de respect du jeu,
impliquant correction vis-à-vis des autres joueurs comme vis-à-vis du
corps arbitral et des entraîneurs, les joueurs sont devenus des
mercenaires au service de l’argent. Ne donnant pas l’envie de
jouer dans une équipe nationale, passant d’un club à l’autre, d’un pays à
l’autre, au gré des gains possibles et des avantages fiscaux, il sont
devenus ces mercenaires tant adulés il y a peu, et tant décriés
aujourd’hui. Ils sont le reflet de la société modelée par les
gouvernements successifs, et aggravée par Sarkozy. Anelka, après
avoir eu de multiples problèmes relationnels dans la plupart des clubs où
il est passé, vit en Angleterre et se vante d’échapper au fisc Français.
Idem pour l’ex idole du mondial 98, Zidane, qui vit en Espagne. Les
salaires de ces joueurs sont hors du domaine commun. Pourquoi cet écart
entre les salaires des footballeurs qui leur octroi un statut hors norme,
et celui de la plupart des salariés qui apportent une réelle plus value au
pays, mais qui sont nettement inférieurs ? Sont ils des modèles
pour les jeunes ? On peut en douter. En effet il suffit d’aller sur le
terrain du monde de l’éducation sportive, où des jeunes en section sport –
études, spécialité football, réclament d’être indemnisés pour jouer un
match d’entraînement, afin d’en être convaincus. Des
joueurs qui insultent entraîneurs et journalistes à la manière de Sarkozy
et son "casse toi pôv con". Des joueurs qui ignorent
leurs supporteurs. Des joueurs qui donnent l’impression de ne pas
prendre de plaisir à jouer. Des joueurs qui se vautrent dans le
clanisme, quitte à donner raison à ceux qui parlent de communautarisme.
Nous
avons affaire pour certains à ce que d’aucuns nomment les voyous –
milliardaires. Pendant ce temps les dirigeants des petits clubs
amateurs peinent à faire vivre leur sport favori. Panne de subventions,
utilisation des véhicules personnels pour les déplacements, lavage et
entretien des maillots à la charge des dirigeants, c’est à mettre en face
des centaines de millions d’euros déboursés pour ces nouveaux jeux du
cirque. Dans ces conditions se pose la question de l’écart entre
éducation sportive populaire et sport professionnel, censé être le sommet
du modèle. Le football, comme le spectacle, donne l’illusion d’être un
moyen de promotion sociale pour jeunes défavorisés.
La
place du système financier dans le football
Mais ces
joueurs, au demeurant pitoyables par le spectacle qu’ils offrent, ne sont
que le reflet d’un système affairiste. C’est celui qui a
transformé le sport et les joueurs en marchandise, en favorisant la
génération de profits financiers. Prenons le cas de l’affaire des grands
stades. Il s’agit de faire payer l’Etat et les collectivités pour le
plus grand bénéfice des dirigeants des clubs professionnels. Le cas de
l’Olympique Lyonnais dirigé par Aulas, est significatif. Seul
club Français introduit en Bourse grâce à la complaisance de l’ancien
ministre Jean-François Lamour, le club n’est qu’un élément de la nébuleuse
regroupant diverses sociétés à but lucratif. A cela il
faut ajouter les droits de retransmission télévision générant de généreux
profits. Le football n’est devenu qu’un prétexte. L’argent
est omniprésent dans le football, et pourtant une association qui avait
sollicité une subvention de 10 000 euros pour emmener des jeunes
handicapés à la coupe du monde, a essuyé un refus de la FIFA. Pas de
réponse non plus de la FFF et une fois de plus silence radio du CNOSF. Dernièrement,
à la hussarde, ce sont l’ouverture des paris en ligne qui s’ajoutent à
cette dérive financière. Pour y arriver, il est à noter que
tout se passe dans l’environnement de l’Elysée, lequel adopte
systématiquement les propositions de ceux qui ont voulu cette dangereuse
évolution. Frédéric Thiriez, Président de la ligue
professionnelle, pourrait être Ministre des Sports et les amendements
Aulas la règle pour diriger le football. Gageons que d’ici peu resurgira
ce qu’avait voulu JF Lamour, à savoir la professionnalisation des
fédérations disposant de ligues professionnelles. Terminé les
bénévoles et place aux professionnels appointés chez les dirigeants. Exit
le sport amateur qui ira jouer dans la cour des petits. C’est la
position de franck Leboeuf ancien joueur de l’équipe de France. Quand
à madame Bachelot, il serait utile de lui rappeler qu'un président de
fédération n'est pas à la botte d'un gouvernement, mais qu'il est élu, de
manière peu démocratique certes, mais élu par les affiliés de
l'association.
Il est regrettable que la majorité de nos
concitoyens adhèrent à un système perverti.
L’accès
des Sud Africains à la coupe du monde
Enfin dernier
élément proprement scandaleux : l’éviction de la grande majorité des Sud
Africains à cette soi - disante grande fête du football. La
plupart des habitants des "township", ces quartiers où se regroupe la
misère pour une grande majorité, n’ont pas les moyens de s’offrir une
place lors des différents matchs. Mais il n’ont pas plus le moyen de les
regarder à la télévision. Les droits de retransmission
imposés par la FIFA, étant tellement élevés que seules les chaînes privées
payantes ont pu se les offrir. Les Africains du Sud ne profiteront pas
non plus des retombées économiques, en dehors du travail généré par la
construction des équipements. Mais ils vont payer pour les
réactionnaires de la FIFA, car cette coupe du monde à un coût supporté par
l’ensemble du peuple. C’est la même situation que pour les Jeux Olympiques
où un pays comme la Grèce, qui vient de défrayer la chronique économique,
s’est retrouvé endetté pour des dizaines d’années, et des stades qui ne
servent pas. La dette pour les pauvres, les bénéfices pour les
hiérarques du football. Pour conclure il faudrait aussi évoquer la
question du rôle, plus où moins maffieux, des agents sportifs, et celle du
recrutement de jeunes joueurs africains pour la plupart. Dans des
conditions douteuses ces jeunes, qui ont rêvé d’une brillante carrière en
Europe, se retrouvent en grand nombre lâchés dans la nature, sans
contrats, donc sans revenus ni aucun moyen de retourner chez eux. Vraiment
il y a quelque chose de pourri au royaume du football. La CGT a
toujours condamné ces dérives, qui vont s’accentuer avec les décisions
gouvernementales de séparer sport pour tous du sport professionnel ou
assimilé, donc lié au système financier. C’est le
symbole d’une France en crise.
C’est aussi un psychodrame
loin des préoccupations du moment.
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