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Décès d'un dirigeant sportif décrié

08/05/2010

Juan Antonio Samaranch,
la honte pour le mouvement sportif et une tache indélébile sur les Jeux Olympiques.
le 27 avril 2010 ( d’après l’article de Marc Fernandez)
Sa mort coïncide avec les attaques menées contre le juge Baltasar Garzón dans sa lutte contre l’oubli des massacres franquistes suite à leur coup d’Etat.
N’oublions pas
Quand le monde du sport rend hommage au président d'honneur du CIO, Juan Antonio Samaranch, décédé le 21 avril à Barcelone, plusieurs formations d'extrême-droite tentent de mettre fin à la carrière d'un juge emblématique pour les victimes de la dictature franquiste, Baltasar Garzón. Des obsèques quasiment nationales pour un homme qui fut membre du gouvernement de Franco d'un côté, plusieurs procédures, dont une concernant les fosses franquistes, de l'autre. L'Espagne est bel et bien divisée, scindée en deux, comme aux pires heures de son histoire.
Mémoire courte
A droite, un concert de louanges pour le rénovateur de l'olympisme. En fait il a surtout fait des Jeux un business où règnent en maîtres l'argent et le dopage, assez loin des valeurs fondatrices de ce mouvement, valeurs qu’il convient aujourd’hui de relativiser. L'essentiel n'est plus de participer, mais d'engranger un maximum de bénéfices. Nous sommes loin de notre conception d’un sport pour toutes et tous, d’où nos différents avec le CNOSF. Et pourtant la presse espagnole dans sa quasi globalité ne tarit pas d'éloges sur cet homme et a couvert son enterrement comme s'il s'agissait d'un chef d'Etat. La famille royale était même présente dans la cathédrale de Barcelone et le Prince Felipe a salué «un ami cher, un colosse du sport et de l'olympisme moderne».
Un véritable scandale à l’échelle mondiale
Le pays rend hommage à l'ancien secrétaire d'Etat aux Sports de Franco. Un homme qui, en 1968 lors des Jeux olympiques de Mexico, annonce aux athlètes espagnols sélectionnés: «Nous, Espagnols, sommes devenus une race plus virile», qui, en 1972, se disait «franquiste à 100%» et qui, en novembre 1975, à la mort du Caudillo, fera cette déclaration douteuse: «Tout est fini et tout continue, car l'exemple de Franco accompagnera toujours notre effort.» Juan Antonio Samaranch n'a jamais répondu à ses détracteurs qui lui reprochaient son passé phalangiste et son action auprès du dictateur, avec qui il a réveillonné au moins une fois et dont il était, quoi qu'il ait pu dire, très proche. Ses biographies officielles minimisent ses liens avec le régime, mais une photo publiée l'été dernier le montre, bras tendu dans un salut franquiste, en compagnie de plusieurs officiels. Nous sommes le 18 juillet 1974 et on «célèbre» le 38e anniveraire du coup d'Etat, le début de la guerre civile qui mènera à la victoire de Franco.
Il y a quelque chose de pourri dans le monde sportif.
Président du CIO de 1980 à 2001, et président d’honneur jusqu’à la fin, il a surtout contribué à transformer le CIO en machine financière. Il a rempli les caisses en négociant des droits télévisuels faramineux et des partenariats juteux, dont les JO d’Atlanta, en 1996, restent le symbole, jeux qui ont même gagné le surnom de “jeux Coca-Cola” en raison de l’omniprésence du généreux parrain. Le boycott des jeux de Los Angeles en 1984 par les pays du bloc de l’Est n’aura été qu’un accident de l’Histoire. En activant ses réseaux, qu’il savait cultiver à la perfection, Juan Antonio Samaranch a convaincu de plus en plus de pays de se ranger sous la bannière aux cinq anneaux.
La face obscure du personnage
Il ne s’agit pas d’une refondation de l’Olympisme mais d’une transformation radicale d’obédience libérale. Peu importe le sport, il s’agissait d’en faire un véritable pouvoir financier et politique devant lequel les Etats s’inclinent. Opération réussie. Il s’agit d’une dilution des valeurs de l’olympisme dans l’argent et la politique. Les affaires de corruption qui ont atteint Juan Antonio Samaranch - mis en accusation par les Etats-Unis et relaxé uniquement grâce à son statut - et les Jeux de 2008 attribués à Pékin, régime pour le moins autoritaire, sont autant de faits qui auraient du le reléguer au rang des fossoyeurs de l’idéal sportif. Le déclenchement d’une guerre entre la Russie et la Georgie la veille de l’ouverture de ces Jeux, a ravalé la trêve olympique au rayon des utopies. Samaranch avait passé la main bien-sûr. Mais son successeur, Jacques Rogge, a poursuivi sa politique.
Comme nous l’avons écrit dans le bulletin APS n°9, il serait grand temps de revenir à des fondamentaux plus idéalistes et simples des pratiques du CIO.

Dernière modification le 27/06/10